27/10/07

Foar Nedeleg Ba Uhelgoat / Foire de Noël à Uhelgoat

Trañskripsïon bet divanket d'an 10 a vis-here 2012
Transcription corrigée le 10 Octobre 2012

Sed amañ ur gontadenn bet kontet din ga Jañ-Mari Skragn deus 'n Uhelgoat un nebeud blavechou zo en ene. Laket é bet dre skrid hag e galleg genin.

Voici une histoire que m'avait contée Jean-Marie Le Scraigne de Uhelgoat il y a quelques années là-bas. Transcrit et traduit par mes soins.

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Foar Nedeleg ba Uhelgoat / Foire de Noël à Uhelgoat

Amañ hi-mañ ba koste Uhelgoat, amañ vije diw foar bep mis ba Uhelgoat. Bremañ n'eus ket foariou kin, bremañ n'eus kimed marc'had kwa, a-taw ! Med gwech-all vije diw foar, foar ar vis d'ar yow kentañ deus ar mis, ha foar an dride yow da-houde.

Ici-même du côté d'Uhelgoat, il y avait deux foires chaque mois à Uhelgoat. Il n'y a maintenant plus de foire, il n'y a plus que des marchés quoi, toujours ! Mais autrefois il y avait deux foires, la foire du mois le premier jeudi du mois et ensuite la foire du troisième jeudi.

Setu, ar foar kentañ ar bla, a houzes, ar yow kentañ ar bla, ha houzh vije gwraet ar foar an de kentañ ar bla, foar an derou mad. Hag houzh oa foar ar yowankis, hag a vije tud é kanañ, hag é tañsal, ha da zañsal ha kanañ da zañsal war ar blassenn ba Uhelgoat ! Foar ar re yowank kwa. Mes ar foar diveo deus ar bla, neuhe houzh vije gwraet Foar-Nedeleg deus outi, ha houzh vije a-taw ba'r pemzekte dive deus mis-kerzu, set' war-dro Gouel-Nedeleg kwa, un tamm bihen raog Gouel-Nedeleg alïes.

Voilà, la foire du premier de l'an, tu sais, le premier jeudi de l'année, on l'appelait la foire du premier de l'an, la foire des étrennes. C'était la foire de la jeunesse, il y avait des gens qui chantaient, qui dansaient et qui chantaient du kan-ha-diskan sur la place d'Uhelgoat ! La foire des jeunes quoi. Mais la dernière foire de l'année, on l'appelait la foire de Noël, elle se déroulait toujours la dernière quinzaine du mois de Décembre, donc vers Noël quoi, souvent un peu avant Noël.  

Ha houzh, da neuhe, oa ur foar tristig vê, ba mis-kerzu a houzes a-walc'h : vé teñval an amzer, glô a vije, ha du ha toud. Set' bremañ neuhe oa ur foar kwa, ar bla-se, ar yow-se oa trist-trist ar foar hardi ! Glô a ree ga deliou erc'h neuhe d'ar his-se ! Yén oa, teñval an amzer ba'r foar ba Uhelgoat ! Oa an dud é tañsal war an eil troad goude egile, da hortos marc'hadourien da zond !

Et donc, cette foire était souvent tristounette, tu sais bien au mois de Décembre : Le temps est sombre, il pleut souvent, et puis c'est noir et tout. À ce moment-là il y avait donc une foire quoi, cette année-là, ce jeudi-là la foire était abominablement triste ! Il pleuvait mêlé de flocons de neige à cette époque-là ! Il faisait froid, le temps était sombre à la foire de Uhelgoat ! Les gens dansaient  un pied après l'autre, en attendant la venue des marchands !

A-benn ar fin oa gwelet un' o tond, ha tou'n dud houlle :

Pour finir on en vit un venir et tout le monde demandait :

- Te anvez hezh, te anvez hezh ?

- Tu le connais, tu le connais ?

- Rañw ket !

- Non !

Dén e-bed n'anee anehoñ, pegur hezh oa ur marc'hadour disheñvel : Ur pezh dén bras oa, hag e dok oa gantoñ war e benn lake anehoñ brassoc'h e benn ha' oa, ne vê gwelet war e varw hir, ne vije gwelet 'méd e zowlagad é lufrañ ! Ha bremañ oa, e dok oa kozh ha huset, med ar vantell oa gantoñ, ur vantell marc'hadour-saout oa gantoñ war e gein oa 'e : Un' hir ha' ruse an douar kasimant, ha vije dislivet ha disheñvel-toud, leun a doullou ! Ha goulskoude ba e hodell, ba e hodell-bruched, vije gwelet ur bakadenn-arc'hant war-wel, laket war-wel d'an dud 'vid roiñ da hoûd lar oa arc'hant da bêo !

Personne ne le connaissait puisque c'était un marchand différent : C'était une très grande personne et il était assorti d'un chapeau qui faisait paraître sa tête plus grande qu'elle ne l'était, on ne voyait de sa longue barbe, on ne voyait que ses yeux luire ! C'était maintenant, son chapeau était vieux et usé, mais le manteau qu'il portait, il portait aussi un manteau de marchand de vaches : Un long qui trainait quasiment parterre, il était délavé et très étrange, tout troué ! Et pourtant dans sa poche, dans sa poche de poitrine, on voyait apparaître un paquet d'argent, bien apparent aux yeux de tous pour faire savoir qu'il avait de l'argent pour payer !

Ha bremañ neuhe, heñw neuhe, dén e-bed n'anee anehoñ ! Tou'n dud houlle an eil d'egile é wel anehoñ o tond :

Et donc maintenant, lui donc, personne ne le connaissait ! Tous les gens se demandaient l'un l'autre en le voyant venir :

- Te anvez anehoñ paotr, te anvez hemañ ?!

- Tu le connais gars, tu le connais ?!

Nann ! Dén e-bed n'anee anehoñ. Hag heñw a'h ê d'an eil aneval d'heben hañ... Ha pa vije e zorn war ar loned da wel pesse mod oa lardet ar loned ha toud, da wel hag-eñ oaint mad da brenañ ; e lagad, e zowlagad vije war an hini a vije krog barzh ar gordenn... An hini oa krog barzh ar gordenn, pa'h ê dowlagad sellou hezh warnehoñ ranke plegañ e zowlagad !

Non ! Personne ne le connaissait. Il allait d'un animal à l'autre... Et lorsqu'il posait sa main sur les bêtes pour voir comment elles étaient engraissées et tout, pour voir si elles étaient bonnes à acheter ; son œil, ses yeux étaient sur celui qui tenait la corde... Lorsque son regard allait dans la direction de celui qui tenait la corde, celui-ci devait baisser les yeux !

Aet oa hezh ar mo-se tre da beked lein ar blassenn lec'h oa ar saout deut war e gis ha na ket bet laret komz e-bed neuhe, na goullet pris na mann e-bed, ree kimed tastoniñ ar saout ha sell deus an dud ! Goude oa aet war ar blassenn, ba Uhelgoat, ene vije ar loned bihen war-dro d'an ilis amañ hi-mañ, an deñved hag ar moc'h, hag ar loueou ha-toud...

Il était allé comme ça jusque le haut de la place où les vaches le suivirent et il ne dit donc aucun mot, ne demanda ni le prix ni rien du tout, il ne faisait que tâter les vaches et regarder les gens ! Après qu'il fut allé sur la place, à Uhelgoat, là les petits animaux étaient vers l'église ici-même, les moutons et les cochons, et les veaux et tout...

Ha goude, ene, lec'h oa digoueet, na komañset d'ober mem mod duzhtu 'darre. A-benn ar fin oa digoueet dirag an ilis, dirag or an ilis, ha neuhe na paret e zowlagad war ar paotr-bragou, sent oa war an dro d'an nor d'ar mare-se, oa chomet-eñ mantret-par war ar re-he ! Lurañ ree e zowlagad warn'he !

Et ensuite, là, où il était arrivé, il recommença de même sur le champ. Il arriva pour finir devant l'église, devant la porte de l'église, il fixa alors son regard sur le gars en froc, il y avait à cette époque des sains sur le tour de la porte, il était resté scotché dessus ! Ses yeux reluisaient dessus !

Set' an dud, pegur hezh na vouje ket, an dud oa ba'r foar oa komañset d'ond en-dro dehoñ, oa ur c'helc'h pell ha toud, ha heñ vouje ket papred ! Inoptiset oa o selled deus ar re-he !

Les gens donc, puisqu'il ne bougeait pas, les gens dans la foire commencèrent à se rassembler autour de lui, un long cercle et tout, et il ne bougeait toujours pas ! Il était hypnotisé à les regarder ! 

Ha bremañ neuhe, a-benn ar fin neuhe, neuhe oa an abard'he dija, an dra-he oa an eur hag a teuie an otro person d'ar mare-se, deus ar c'host-all d'ar lenn, d'ober e bateriou diveo d'an ilis. Ha pé na gwelet ar c'helc'h-tud ar mo-se en-dro, ha heñ ranke goulenn plass hag aet da wel, ha pé na gwelet an dén-se oa chomet sioul, ha laket e vis war e vusellou, ha « roiñ peuc'h ! » da lar d'an dud roiñ peuc'h. An dud war e gis hag é bet gwelet dre ar garrhenn o hedañ an ilis aet da beked ar sakristi'nn, ha ba'n ilis war ene, ba ene.

Et donc maintenant, alors pour finir, c'était déjà le début de soirée, c'était l'heure à laquelle le recteur venait à cette époque-là, de l'autre côté du lac, pour faire ses derniers paters à l'église. Et lorsqu'il vit le cercle de gens comme ça autour, il demanda de faire place et il alla voir, et lorsqu'il vit cette homme-là il resta calme, il mit son doigt sur ses lèvres, et « silence ! » pour dire aux gens de faire le silence. Les gens le suivirent et on le vit partir par la ruelle qui longe l'église jusqu'à la sacristie, et dans l'église là.

A-benn ur mare goude oa digoret an nor vras war an ilis, ha hem' all, ar marc'hadour-saout, oa ene papred, par war an ilis ! Ha digoueet ar person ; barzh un dorn oa ar gras gantoñ uhel, ha barzh an dorn-all oa ar pod-dour binniget.

Un moment plus tard la porte de l'église s'ouvrit, et l'autre, le marchand de vaches était toujours là, fixé sur l'église ! Le recteur arriva ; il portait haut la croix d'une main et de l'autre il tenait le flacon d'eau bénite.

Ha heñw, bet na bet amzer hemañ-all da soñjal petra zo digoueet, sklapañ dour binniget war ar marc'hadour-saout ! Oa bet ur luc'hadenn hag ur skrijadenn spontus ! Ha den e-bed na bet gwelet dre belec'h oa bet partïet an den kuit !

Et il, l'autre n'a pas eu le temps de comprendre ce qui arrivait, aspergea d'eau bénite le marchand de vaches ! Il y eu un éclair et un hurlement effroyable ! Et personne ne vit par où il s'était enfui !

Set' neuhe ar person na laret d'an dud, a bep seurt na laret, la oa digoueet ahe pegur hezh n'é ket ur marc'hadour oa, hezh oa an Ankou ya. Ha neuhe an dud na soñjet :

Le recteur dit donc aux gens, il leur a dit de toute sorte, qu'il était arrivé là parce que ce n'était pas un marchand, c'était l'Ankou oui. Alors les gens pensèrent :

- Lec'h be okupet ga'r loned, oa mignoc'h okupet ga'n dud oa o telc'hen ar loned !

- Au lieu d'être intéressé par les bêtes il était plus intéressé par les gens qui tenaient les bêtes !

Ya, ha neuhe oa deut owen dehe-toud : Daoust ha d'hag-eñw oa deut ahe da gemer hano lod an dud oa mad da gemer d'hond gantoñ d'an ivern. Setu tou'n dud oa kemmesket, strafuilhet-toud éh essêo goûd pessa mod :

Oui, et il commencèrent donc tous à avoir peur : N'était-il pas venu là pour prendre le nom des gens qui étaient bons pour le suivre en enfer. Les gens étaient donc confus, très troublés en cherchant de quelle manière :

- Matrehe é aet ma hano gantoñ, matrehe é aet ma hano !

- Peut-être qu'il a pris mon nom, peut-être qu'il a pris mon nom !

Med an otro-person na dichalet anehe ha laret dehe :

Mais monsieur le recteur les rassura et leur dit :

- Oh bremañ ga'n dour binniget neus tapet anehoñ warn'hoñ lar é kasimant-sur é efasset toud an hanoiou, me lar dit la peus mann e-bed d'ober.

- Oh maintenant avec l'eau bénite qu'il s'est pris sur lui il est quasiment certain que tous les noms sont effacés, je peux vous dire que vous n'avez rien à faire.

Set' benn-neuhe oa deut nos dija, ha ba mis-kerzu teu nos a-bred. Setu an dud oa aet neuhe etresseg ar gêr neuhè, med oa ket echu ar spontadennou c'hoazh ! Kar ar re ranke mond pell ga'n heñchou-treus hag ar gwinojennou, e-beñ na c'hoazh da toud ar re-he da yedal ! Ha barzh ar re-he amañ ba bro Breizh-Isel, a-wechou pa vê deut an nos, ba'r re-he la vije kimed lutined ! Hag an Ankou ! Hag an teuched ! Toud ! Hag an dud nije owen ! Set' oa ket echu an owen evinte c'hoazh... Med ar mo-se oa digoueet gate an de-se.

Voilà pour lors la nuit était déjà tombée, en Décembre la nuit vient tôt. Le gens partirent donc en direction de leur domicile, mais c'en n'étaient par encore terminées des frayeurs ! Car ceux qui avaient de la distance à faire par les chemins de traverse et les sentiers, eh ben il leur fallait tous être à l’affut ! Et dans ces chemins en pays de basse-Bretagne, parfois lorsque la nuit venait, c'était peuplé de lutins ! Et l'Ankou ! Et les fantômes ! Tous ! Les gens avaient peurs ! Ils n'avaient donc pas encore fini d'avoir peur... Mais c'est comme ça que ça c'était passé pour eux ce jour-là.

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