15/07/2010

Spered ar Vatezh / l'Esprit de la Servante

Trañskripsïon bet divanket d'ar 7 a vis-gwengolo 2012 
  Transcription corrigée le 7 septembre 2012

Sed amañ ur rismodell fentus a-walc'h bet kontet gad ur paotr deus Plone en 1981, ha bet añrejistret ga tud Kazetenn ar Menez. Laket é bet dre skrid hag e galleg genin. N'é ket ken drol e galleg 'vel e brezhoneg.

Voici une historiette assez marrante contée par un gars de Plounevez du Faou et enregistrée par Kazetenn ar Menez en 1981, transcrite et traduite par mes soins. Ce n'est pas aussi drôle en français qu'en breton


Spered ar Vatezh / l'Esprit de la Servante

Ba'h Sant-Riwal 'h oa ur vowes, oa ur barres powr, setou ar beleg oa ba ene, michañs an otro-person voa ket gol benvidig anehoñ, ha renke kemer ur vatezh da reiñ un neubeutañ pae dehi ! Set' ar vatezh oa-hi ket digourdi-digourdi anehi, med memestra vie gwraet e damm keusteurenn d'an otro-person gati.

Il y avait à Saint-Rivoal une femme, c'était une paroisse pauvre, voilà le prêtre qui s'y trouvait, le recteur n'était sûrement pas bien riche et il devait prendre une servante pour lui donner la plus petite paye possible ! La servante n'était donc pas très dégourdie, mais elle lui faisait tout de même sa tambouille.

Setou, pé voa-hañw deut ur wech bennaket da glask e lein vanke ar pebr war an daol, ha vanke an holen war an daol, a-wechou-all vie pebr, neuhe an devezh war-lerc'h :

Voilà, lorsqu'une fois il vint prendre son déjeuner il manquait le poivre sur la table, et il manquait le sel sur la table, d'autres fois c'était le poivre, donc la journée suivante :

- Ah Naïg ! Meus añwn peus ket kalz spered kin kar mank a ra traou war an daol !

- Ah Naïg ! J'ai bien peur que vous ne soyez pas très futée (pas beaucoup d'esprit) car il manque des choses sur la table !

Hag un devezh-all, un devezh war-lerc'h, petram devechou war-lerc'h voa-hañw deut en-dro da zeb e lein. Voa ket laket fourchetes e-béd dehoñ...

Et un autre jour, une journée après, ou-bien des journées après il retournait déjeuner. On ne lui avait pas mis de fourchette...

- Aah Naïg ! Ya ! Meus añwn maoc'h hond kaoud tamm spered e-bed kin ! Kàer meus lar doc'h tap ur gountell din ! Daw tap ur fourchetes ! Daw é tap petramant pebr ! Tap an traou...

- Aah Naïg ! Oui ! J'ai bien peur que vous soyez en train de perdre complètement la boule ! J'ai beau vous dire de me prendre un couteau ! Il faut prendre une fourchette ! Il faut autrement prendre le poivre ! Prendre les choses...

Setou benn ar fin, pegur voa aet skuizh hei chilou 'nehoñ lar an dra-he, pegur bemde vise mem mod ! Un dra mennaket a vanke dehoñ bep taol pé teue da zebiñ e bred.

Voilà pour finir, puisqu'elle était fatiguée de l'écouter dire ça, puisque c'était chaque jour la même chose ! Il lui manquait à chaque fois quelque chose lorsqu'il venait prendre son repas.

Setou oa deut un' bennaket da glask boued, neuhe vise tud klask boued a-walc'h ! Vise ur c'hlochar bennaket oa deut, ha setou an otro-person noa laret dehi a-raog :

Voilà un gars qui qui vint demander de la nourriture, alors il y avait assez de gens qui cherchaient de la nourriture. C'était un clochard qui était venu, et donc le recteur avait auparavant dit à la servante :

- Pé teu un' mennaket barzh da glask un dra mennaket : roet un tamm bara dehoñ !

- Lorsque quelqu'un vient à l'intérieur demander quelque chose : donnez-lui un bout de pain !

Setou voa rôet un tamm bara dehoñ ! Heñw oa neuhe, pé oa aet ba e-kichenn an tan barzh da tomm ba korn ar c'hogn, Naïg lar dehoñ :

On lui donna donc un bout de pain ! Il était alors, puisqu'il était allé à l'intérieur près du feu se chauffer au coin de l'âtre, Naïg lui dit :

- Deus da domm un tamm neuhe ma peus riw !

- Viens donc te chauffer un peu si tu as froid !

Med hem' a gave-hi voa gwisket treulig 'e ! Set' e vragou mechañs voa, matrehe voa boton e-bed deuh outoñ ! Gad e vragou houll-kac'h ! Lar Naïg dehoñ, med :

Mais elle trouvait qu'il était vêtu en guenilles ! Son pantalon était sûrement, peut-être n'avait-il pas de bouton ! Munis de son pantalon « envie de chier » (troué) ! Naïg lui dit, mais :

- Petra zo ganoc'h ahe ?!

- Qu'avez-vous là ?!

- Ah ! Hezh é ar spered !

- Ah ! Ça c'est l'esprit !

- Ah ya ?? Ah fei ! An otro-person lar din lar me meus ket kalz spered kin ! Neuhe vo daw din kemer un tamm ! Med pessort mod vé gwerzhet hezh ??

- Ah oui ?? Ah ma foi ! Le recteur me dit que je n'ai plus beaucoup d'esprit ! Il va donc falloir que j'en prenne un peu ! Mais comment est-ce qu'on le vend ??

- Oh ! Hezh vé gwraet bep sort mod : ugent real, deg lur, pevarzeg lur, tregont lur pé vé toud !

- Oh ! On en fait de toutes sortes : vingts réaux, dix francs, quatorze francs, trente francs en entier !

- Ah ! Me gemero 'vid deg lur bennag a-walc'h !

- Ah ! Je prendrai bien pour dix francs !

- Ah ya ? Med neuhe é daw domp mond 'hann d'o'r an dra-he pegur ahe vé gwraet mod-all, ha ni (en-e)m bojo di, ene, ha goude me lako doc'h !

- Ah oui ? Mais alors il faut que nous partions d'ici pour faire ça puisqu'ici on fait autrement, et nous nous poserons là-bas et ensuite je vous le mettrai !

- Set laket din 'vid pevarzeg lur bennaket din !

- Mettez-moi donc pour quatorze francs !

Setou voa lakeet !

Donc on lui mis !

- Oh ! Mad é an traou ! Laket din 'vid tregont lur deuzhtu !

- Oh ! C'est bon ! Mettez-moi pour trente francs tout de suite !

Setou voa laket dehi 'vid tregont lur deuzhtu !

On lui mis donc pour trente francs tout de suite !

Setou an devechou war-lerc'h neu'n, pegur voa, manke 'darre fourchetes d'an otro-person an devechou war-lerc'h, ha manke ar gountell, oa ket laket kountell e-bed dehoñ :

Voilà les journées qui suivirent donc, puisqu'il manquait encore se fourchette au recteur les journées qui suivirent, et il manquait le couteau, aucun couteau ne lui était mis :

- Ah Naïg... Abominabl é bet ganoc'h ! Lar é doc'h ar si'n-all peus tamm spered... Med me meus añwn peus ket !!

- Ah Naïg... Vous êtes abominable ! La semaine dernière il vous était dit que vous aviez un peu d'esprit... Mais j'ai bien peur que vous n'en ayez point !

- Ah !!! Ekskus aha'on otro-person ! Kar me meus mignoc'h spered ba ma rear 'vid peus ta ba ho penn, kar din-me voa laket tregont lur an devezh-all !!

- Ah !!! Excuse moi monsieur le recteur ! Car moi j'ai plus d'esprit dans mon cul que vous en avez dans votre tête, car on m'en mis trente francs l'autre jour !!!

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